L’OEIL D’AUGUSTE

Au vu des grimaces qu’il arbore sur tous les documents, on nous demande souvent si Auguste Derrière était borgne ou non ?

En fait, la réponse est non et la réalité est plus étrange. En effet, il semblerait qu’Auguste ait été affublé d’un terrible tic qui lui faisait cligner de l’oeil en synchronisation parfaite avec le déclencheur des appareils photo !

Dans les centaines de clichés de l’auteur des Moustiques que nous avons consultés, nous n’en avons trouvé aucun sur lequel Auguste a un regard normal et ce, dès le plus jeune âge comme le prouve la photo familiale que voici.

L’autre théorie sur la question soutient qu’il s’agit peut-être d’un clin d’œil complice, fruit d’un entraînement intensif…

EnfantFamille

AUGUSTE DERRIÈRE, L’INTRO D’ALBERT MUDDHA

La première fois que j’ai eu vent de l’existence d’Auguste Derrière, je crus à un canular.

Ces aphorismes géniaux, ces étourdissantes maximes, ces publicités révolutionnaires, cette science du langage… Ce ne pouvait être le fruit de la pensée d’un seul homme. Et pourtant…

Auguste Derrière naquit à Bordeaux, de l’union de Juste et Prudence. Le 29 février 1892, quand Prudence sentit l’arrivée imminente de sa progéniture, Juste prit les devants et retira, avec prudence, le petit Derrière de dedans. Ils le prénommèrent Auguste, ce qui le prédestinait à devenir un très grand Derrière.

Le 29 février 1896, jour de son cinquième anniversaire, il révélait déjà une solide culture classique et un esprit vivace. À sa mère qui lui demandait qui était sous la douche, il répondit : «S’il se nettoie, c’est donc mon frère», une réplique d’autant plus spirituelle qu’il était fils unique.

À l’école, il étourdissait ses professeurs et ses condisciples de ses incessantes inventions langagières que, du reste, ils ne comprenaient pas toujours. A son professeur de philosophie qui s’étonna un jour de la présence, sur son pupitre, de papier toilette, il répliqua : « Je pense, donc je m’essuie».

À vingt ans, comme beaucoup de jeunes gens de bonne famille qu’une vie provinciale étriquée étouffe, il gagna Paris pour exercer ses talents humoristiques. Quelques mois lui suffirent à se faire une solide réputation de magicien des mots, lui ouvrant tout grand les portes du monde de la réclame. Il rencontra l’élite culturelle de l’époque qui sut vite apprécier ses talents hors du commun et le sollicita secrètement pour des conseils en joutes verbales et autres éloquentes réparties.

Bon nombre de célébrités dont nous tairons ici les noms pour des raisons que tous comprendront, brillaient en société grâce aux aphorismes et aux bons mots d’Auguste Derrière. Des publicitaires de renom firent de grandes carrières en suivant à la lettre ses conceptions avant-gardistes et ses slogans révolutionnaires.

Homme très modeste, Auguste se plut pendant toutes ces années à rester dans l’ombre et se complut à voir ses idées vivre et devenir célèbres… une discrétion en parfaite harmonie avec sa grande agoraphobie. Aux reproches de ses proches, il répondait sereinement : « Les moustiques n’aiment pas les applaudissements »… ce qui laissait pantois les moins imaginatifs.

C’est fortuitement qu’une équipe de chercheurs farfelus découvrit récemment l’existence de ce génie méconnu. Ils menèrent des années durant un travail de Sisyphe afin d’exhumer l’oeuvre d’Auguste Derrière, la compiler et la livrer à la foule ébaubie.

Sans doute certaines pépites sont-elles passées au travers du tamis de leur sagacité, sans doute les meilleurs morceaux de ses écrits resteront-ils à jamais enfouis sous le limon du temps qui passe, mais ces glorieux archéologues des mots peuvent légitimement être fiers d’avoir oeuvré pour sortir de l’oubli un des plus grands esprits que la France ait jamais engendré, rendant ainsi à ces arts ce qui est à Auguste Derrière.

Badauds du verbe et autres amateurs de jeux de mots laids, partageons les bienfaits de cet essai littéraire de haute volée et souhaitons que ce livre entre dans les annales !

A.M.